Les 16 et 17 mai 2026, nous avons organisé la toute première édition du Camp des Créatifs à Yaoundé autour d’une question qui préoccupe aujourd’hui de nombreux professionnels : Comment survivre à l’IA ?
Ce thème n’a pas été choisi par hasard. Depuis quelques années, l’intelligence artificielle s’invite dans presque tous les métiers créatifs.
- Elle génère des images, rédige des textes,
- Elle crée des vidéos, automatise certaines tâches
- Elle bouleverse des habitudes que nous pensions parfois immuables.
Face à cette évolution, beaucoup de créatifs oscillent entre curiosité, fascination et inquiétude. Certains y voient une opportunité extraordinaire. D’autres craignent pour leur avenir professionnel.
Pour ma part, je pense que le véritable danger n’est pas l’intelligence artificielle elle-même. Le danger est de ne pas comprendre ce qui est en train de changer. Le danger est de continuer à travailler comme hier alors que le monde évolue à une vitesse impressionnante. C’est précisément pour cette raison que j’ai voulu créer le Camp des Créatifs : un espace où designers, journalistes, blogueurs, développeurs, entrepreneurs … et créateurs de contenu peuvent se rencontrer pour discuter ouvertement des transformations qui touchent leurs métiers.
Je dois cependant faire une confession. J’ai failli reporter cet événement. Encore.
Depuis plusieurs années, l’idée me trottait dans la tête. Chaque fois que j’avançais sur le projet, une nouvelle contrainte apparaissait. Tantôt c’était une question de budget, tantôt une question d’organisation ou simplement le doute qui accompagne souvent les projets auxquels on tient vraiment. J’avais toujours une bonne raison de repousser l’échéance. Et puis, à un moment donné, j’ai compris qu’en attendant les conditions parfaites, le Camp des Créatifs risquait de ne jamais voir le jour.
J’ai donc pris la décision de me lancer malgré les incertitudes. Ironie du sort, un autre événement auquel je souhaitais participer se tenait exactement au même moment (devinez de quel évènement il s’agit, dites-moi en commentaire). Mais une fois la date annoncée, il fallait assumer. Aujourd’hui, avec le recul, je suis heureux d’être resté fidèle à cette décision.
Les préparatifs : entre passion et imprévus
L’une des choses que j’ai le plus appréciées dans l’organisation de cet événement a été la préparation des kits participants. J’avais envie que chaque personne qui arrive au Camp des Créatifs ressente qu’elle était attendue. Chaque kit contenait un programme, un stylo, un t-shirt officiel, une gourde pour les boissons chaudes et quelques autres petites attentions. Certains pourraient considérer cela comme un détail, mais je suis convaincu que ce sont souvent les détails qui rendent une expérience mémorable.
L’histoire des t-shirts mérite d’ailleurs d’être racontée. Au départ, j’avais choisi des t-shirts bleus. Une couleur qui s’accorde avec les couleurs de mon évènement, une couleur sobre, classique et facile à porter. Malheureusement, au moment de passer commande, il n’y en avait plus en stock. Le fournisseur m’a alors proposé du rose. J’ai hésité quelques instants avant d’accepter. Finalement, ce choix imposé est devenu l’une des bonnes surprises de l’événement. Le rendu était magnifique et plusieurs participants ont beaucoup apprécié cette touche d’originalité.
Comme si cela ne suffisait pas, la veille de l’événement, alors que je devais finaliser l’impression des t-shirts, une coupure de courant est venue perturber tous mes plans. J’ai dû revoir mon organisation et partir plus tôt le lendemain pour terminer le travail directement sur place. Sur le moment, c’était stressant. Aujourd’hui, cela fait partie des souvenirs qui me font sourire lorsque je repense à cette aventure.
Jour 1 : des discussions passionnées autour de l’avenir de nos métiers
Le premier jour du Camp des Créatifs était consacré aux talks, aux masterclass et aux échanges d’expériences. Comme souvent lorsqu’il s’agit de créatifs, nous avons commencé avec un peu de retard. Je crois que c’est presque une loi universelle. Faire sortir des créatifs de chez eux est parfois une mission en soi.
Nous étions finalement une quinzaine de participants réunis dans la salle. Dès les premières interventions, j’ai senti que quelque chose d’intéressant se passait. Les discussions étaient sincères, les questions nombreuses et les points de vue parfois opposés. Personne n’était venu pour écouter passivement. Chacun avait envie de comprendre ce qui se joue actuellement dans son métier.
Nos intervenants ont largement contribué à cette richesse. Jean-Paul Ndongo nous a invités à réfléchir à la place du designer dans un monde où l’intelligence artificielle devient un outil de création. Gabun Christian Djimgou a partagé les leçons tirées de plus de dix années d’expérience dans les industries créatives. Stéphane Dipanda a ouvert une discussion passionnante sur l’avenir de l’illustration. Jasons Said Diakite nous a montré qu’il est possible de construire une marque créative durable dans le temps. Quant à Klove Kamdem, elle nous a rappelé l’importance de l’esprit critique face à la multiplication des contenus générés par l’IA.
Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est que les échanges ne se sont pas arrêtés aux interventions. Ils ont continué pendant les pauses, autour des repas et même après la fin officielle de la journée. C’est généralement le signe qu’un sujet touche quelque chose d’important.
Jour 2 : prendre de la hauteur, au sens propre comme au figuré
Après une première journée consacrée aux talks, aux masterclass et aux discussions autour de l’intelligence artificielle, nous avons choisi de quitter les écrans pour vivre une expérience complètement différente. Le deuxième jour du Camp des Créatifs nous a conduits au Mont Akok Ndoué, l’un des sommets les plus connus de Yaoundé. Pour certains participants, il s’agissait d’une première randonnée. Pour d’autres, c’était l’occasion de renouer avec une activité qu’ils n’avaient pas pratiquée depuis longtemps.
Pour être honnête, cela faisait également plusieurs années que je n’avais plus organisé ce type d’activité. À mesure que nous progressions sur les sentiers, je me suis plusieurs fois demandé pourquoi j’avais encore eu cette idée, folle et si j’étais obligé d’arriver au sommet. Certaines portions du parcours étaient plus exigeantes que dans mes souvenirs et mes jambes me rappelaient gentiment que je n’avais plus gravi de montagne depuis un moment. Mais malgré l’effort physique, quelque chose d’intéressant se produisait tout au long de l’ascension.
Les discussions étaient différentes de celles de la veille. Loin du cadre formel d’une salle de conférence, les échanges devenaient plus naturels. Les participants parlaient de leurs projets, de leurs ambitions, de leurs difficultés professionnelles, mais aussi de leur parcours personnel. Les barrières tombaient progressivement et les liens se créaient spontanément. C’est à ce moment-là que j’ai compris que cette randonnée n’était pas simplement une activité complémentaire au programme. Elle faisait pleinement partie de l’expérience du Camp des Créatifs.
Lorsque nous avons atteint le sommet, un sentiment de satisfaction se lisait sur tous les visages. Nous avions réussi le défi ensemble. Nous avons alors partagé un moment convivial autour d’un bouillon de viande préparé pour l’occasion. Avec le recul, ce repas restera probablement l’un des souvenirs les plus marquants de cette édition. Assis au sommet de la montagne, entourée par la nature, nous avons continué à échanger sur nos métiers, nos projets et notre vision de l’avenir.
Nous avons eu quelques jeux d’animation avec quelques lots à gagner notamment, mon livre créer des visuels qui vendent, des foulards de la marque HOME CLOTHING et quelques sachet du Café Pierre André, un Café que j’apprécie énormément il ne manque jamais lors de mes activités.
La descente a quant à elle offert son lot de surprises. Les pluies tombées quelques jours auparavant avaient rendu le terrain particulièrement glissant. Certains passages se sont transformés en véritables épreuves d’équilibre, donnant lieu à des glissades parfois spectaculaires. Heureusement, tout cela s’est déroulé dans la bonne humeur. Entre éclats de rire et petites frayeurs, chacun a finalement retrouvé le pied de la montagne sans incident majeur.
Au-delà de l’aspect sportif, cette randonnée a parfaitement illustré l’esprit du Camp des Créatifs. Nous étions venus pour parler d’adaptation, de résilience et de transformation face aux changements qui touchent nos métiers. Sans vraiment le prévoir, nous avons vécu une métaphore de ces défis : avancer malgré les obstacles, s’entraider lorsque le chemin devient difficile et comprendre que certaines expériences prennent tout leur sens lorsqu’elles sont vécues collectivement.
Les participants : la véritable richesse du Camp
S’il y a une chose qui m’a marqué pendant ces deux jours, ce sont les participants. Nous n’étions pas des centaines. Nous étions une vingtaine environ à différents moments du week-end. Pourtant, l’énergie présente valait largement celle de certains événements beaucoup plus grands.
Il y avait des designers, des journalistes, des blogueurs, des développeurs, des entrepreneurs et des créateurs de contenu. Des personnes avec des parcours différents, des expériences différentes et parfois même des visions opposées sur certains sujets. Mais malgré ces différences, une chose nous réunissait : la volonté de comprendre les transformations qui touchent nos métiers et de trouver notre place dans ce nouveau monde.
Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est que personne n’est venu simplement pour écouter. Chacun avait quelque chose à partager. Les discussions se poursuivaient pendant les pauses, pendant les repas et même durant la randonnée. Certains participants ont créé de nouvelles connexions, d’autres ont découvert des opportunités de collaboration et plusieurs ont simplement trouvé un espace où ils pouvaient parler librement de leurs préoccupations professionnelles. C’est exactement ce que j’espérais lorsque j’ai imaginé le Camp des Créatifs.
Mes regrets
Comme tout organisateur, je termine cette première édition avec quelques regrets.
J’aurais aimé accueillir davantage de participants. J’aurais aimé toucher encore plus de créatifs, convaincre certaines personnes qui hésitaient encore et offrir à davantage de professionnels l’opportunité de vivre cette expérience. J’aurais également aimé disposer de plus de temps pour approfondir certains sujets qui ont suscité beaucoup de réactions.
Mais au fond, mon principal regret est probablement d’avoir attendu aussi longtemps avant de lancer ce projet. Pendant deux ans, j’ai repoussé l’échéance en cherchant le moment idéal. Aujourd’hui, je réalise que ce moment parfait n’existe pas. Il faut parfois accepter de commencer avec les moyens dont on dispose et construire le reste en avançant.

Ce que cette expérience m’a appris
Le Camp des Créatifs m’a rappelé quelque chose d’essentiel : nous passons énormément de temps à parler de technologie, mais ce sont encore les relations humaines qui créent le plus de valeur.
Pendant deux jours, nous avons discuté d’intelligence artificielle, d’automatisation et de l’avenir de nos métiers. Pourtant, lorsque les participants évoquaient les moments qui les avaient le plus marqués, ils parlaient rarement des outils. Ils parlaient des rencontres, des discussions, des débats, des moments de partage et de la randonnée.
Cela m’a confirmé une conviction profonde : l’avenir appartiendra sans doute à ceux qui sauront utiliser les nouvelles technologies, mais il appartiendra surtout à ceux qui sauront rester humains, collaborer, apprendre des autres et construire des communautés fortes.
C’est probablement la plus belle leçon que je retiens de cette première édition.
Merci
Aucun événement ne se construit seul.
Je tiens à remercier sincèrement tous les participants qui nous ont fait confiance et qui ont accepté de consacrer un week-end à cette aventure. Leur présence, leurs questions et leurs contributions ont largement participé à la réussite du Camp des Créatifs.
Je remercie également tous les intervenants qui ont accepté de partager leur expérience avec générosité et authenticité. Grâce à eux, les discussions ont été riches, pertinentes et parfois même remuantes, dans le meilleur sens du terme.
Merci à l’Association des Blogueurs du Cameroun pour son accompagnement, ainsi qu’à la communauté Friends of Figma Douala pour son soutien.
Merci également à Pierre André, une marque de café que j’apprécie particulièrement et qui est présent à toutes mes initiatives depuis plusieurs années. Leur soutien a contribué à rendre cette expérience encore plus agréable pour les participants.
Enfin, je souhaite adresser un merci tout particulier à mon épouse. Pendant ces deux jours, elle a donné de son temps, de son énergie et de son savoir-faire pour préparer les excellents repas que nous avons partagés ensemble. Les participants ont souvent complimenté la qualité des repas servis pendant le camp, et derrière ces compliments se cachent de longues heures de travail, souvent invisibles pour le public.
Ce n’est qu’un début
Lorsque j’ai imaginé le Camp des Créatifs, mon ambition n’était pas simplement d’organiser un événement de plus. Je voulais créer un espace où les créatifs pourraient se rencontrer, réfléchir ensemble et prendre du recul sur les transformations qui bouleversent leurs métiers.
Aujourd’hui, après cette première édition, je suis convaincu que cet espace est nécessaire.
Le Camp des Créatifs 2026 est terminé.
Les chaises ont été rangées.
Les t-shirts distribués.
Les sentiers du Mont Akok Ndoué ont retrouvé leur calme.
Mais les conversations, elles, continuent.
Et c’est sans doute le signe qu’une belle aventure vient seulement de commencer.
Rendez-vous au Camp des Créatifs 2027.



























































